La recherche
Un voyage de recherche à Lisbonne, au cœur de l’art des azulejos
Les azulejos occupent une place unique dans l’histoire artistique du Portugal. Bien plus que de simples carreaux décoratifs, ils constituent un langage visuel qui traverse les siècles, reflétant l’histoire du pays entre influences étrangères, dévotion religieuse et évolutions sociales.
Le terme azulejo provient de l’arabe al zulayj (« petite pierre polie »). Leur introduction dans la péninsule Ibérique date de l’époque de la domination musulmane : à partir de 711, l’influence arabe s’impose dans tous les domaines, apportant des traditions décoratives fondées sur la géométrie, la répétition et la stylisation végétale.
Au début de leur diffusion, les azulejos sont caractérisés par une palette de quatre couleurs, obtenue à partir de manganèse, cobalt, fer et cuivre, offrant une gamme qui allait du violet au bleu, du jaune au brun. Les compositions présentent souvent des motifs en diamant ou des structures modulaires organisées en ensembles de quatre carreaux.
Entre la fin du XVIIᵉ et le début du XVIIIᵉ siècle, les échanges artistiques entre le Portugal et l’Europe du Nord s’intensifient. Les céramiques de Delft, elles-mêmes inspirées par la porcelaine chinoise bleue et blanche, exercent une influence décisive sur les ateliers portugais. S’impose alors progressivement le goût pour le bleu de cobalt, qui finira par dominer presque entièrement la palette et transformer les azulejos en véritables pièces monochromes.
Contrairement à l’Espagne ou aux Pays-Bas, le Portugal développe une tradition d’azulejos réalisés en panneaux de proportions monumentales. Ce qui caractérise l’azulejo portugais est aussi le regard porté sur l’imperfection technique : loin d’être considérée comme un défaut, elle participe à la beauté de cet art, où la spontanéité et la liberté du geste priment sur la perfection technique.
Au XVIIIᵉ siècle, durant ce que l’on appelle la période des Maîtres, les peintres professionnels remplacent progressivement les artisans anonymes. Les panneaux commencent à être signés, et les sujets deviennent plus complexes, souvent tirés de la Bible, de l’histoire antique ou de l’allégorie, créant l’esthétique emblématique du Portugal de l’époque Baroque.
Mais à partir du XIXᵉ siècle, tout change : la bourgeoisie s’empare de cet art, qui quitte partiellement le domaine religieux et aristocratique pour investir palais privés, façades urbaines, escaliers et jardins. Les azulejos redeviennent colorés, renouant avec une esthétique plus décorative et moins narrative, parfois influencée par les goûts romantiques ou éclectiques de l’époque.
De nos jours, l’art des azulejos ne disparait pas. Au contraire, il se renouvelle et devient plus expérimental. On retrouve l’intégration de nouvelles techniques d’expression comme la photo-impression, la photomosaïque, ou encore l’introduction d’éléments en trois dimensions : cet art a su évoluer, s’adapter aux temps et aux goûts esthétiques.
Journal de voyage à Lisbonne
